À moins d’avoir vécu coupé du monde ces derniers jours, aucun d’entre nous n’a pu ignorer le nouveau séisme qui secoue la planète mode. Ce dernier s’appelle Fenty, et promet de faire des dégâts.

L’histoire commence le 20 février 1988 à la Barbade. Un premier album en 2005 – sept autres suivront -, 280 millions de disques vendus et 12 milliards de vues sur Youtube, une carrière d’actrice, une collaboration avec Puma, Fenty Beauty, sa marque de cosmétiques, mais aussi celle de lingerie, Savage x Fenty : voilà la suite du conte de fées pour Robyn Rihanna Fenty, la petite fille de la Barbade.

La suite de l’histoire s’écrit le 10 mai, quand Rihanna annonce officiellement le lancement de sa maison de couture, appelée simplement FENTY, son nom de famille, puis le 24 mai avec l’ouverture d’une boutique éphémère à Paris. Sa marque, elle la lance au sein de LVMH, le géant mondial du luxe. Alors forcément, la nouvelle fait grand bruit, et pour cause : après avoir définitivement marqué le monde de la musique, mais aussi celui de la cosmétique, en étant l’une des premières à lancer une gamme de 40 teintes adaptées à toutes les couleurs de peaux, Rihanna marque une nouvelle fois son époque en étant la première femme à fonder sa maison chez LVMH. Une victoire de plus pour les femmes dans le monde de la mode, mais Rihanna ne saurait s’arrêter là : première femme oui, mais aussi première femme noire à lancer sa maison de couture. Une manière de briller encore une fois au firmament.

La nouvelle secoue le monde du luxe, et remet même en question sa nature. Aucune marque n’avait été créée de zéro au sein de LVMH depuis Christian Lacroix, en 1987 : mais le couturier en question avait déjà depuis longtemps fait ses preuves dans la sphère de la mode. Ici, Rihanna ne peut se justifier d’un passé tel que M. Lacroix, mais elle peut avancer de sérieux arguments : sa collaboration avec Puma, sa marque de lingerie, des tenues toujours incroyables et un style aiguisé au fil des années. De plus, la star positionne sa marque comme inclusive, c’est-à-dire pouvant correspondre à n’importe quelle morphologie : un avantage dans le monde du luxe auquel beaucoup de femmes reprochent la déconnection avec la femme d’aujourd’hui. Une manière encore de mettre à profit son expérience et d’affirmer une nouvelle fois son statut d’icône forte et libérée.

Rihanna compte donc bien construire un nouveau modèle : une marque hors des calendriers traditionnels de la Fashion Week – en effet, il n’y aura pas de défilé officiel pour FENTY-, dont l’ambassadrice officielle ne saurait être autre que Rihanna elle-même : pratique, quand on possède une communauté de fans aussi solide que la sienne et 71 millions d’abonnés sur Instagram. Mais ce sera aussi une maison de couture sans points de vente physiques hormis des pop-up éphémères, avec un système de « drops » rappelant étrangement le mode de fonctionnement du streetwear actuel. Le streetwear, il faut aussi en parler lorsqu’on mentionne Fenty : les pièces présentées possèdent un ADN résolument hybride, entre le luxe et le streetwear, ce qui résume bien l’identité Riri : un ovni qui brouille les frontières.

Et justement, en parlant de la collection, à quoi ressemble le premier drop FENTY ? On retrouve des pièces très épurées et féminines, comme des tailleurs pantalons immaculés, ou encore des robes blazers aux épaules très prononcées, ceinturées à la taille avec des sacs bananes, mais aussi des lunettes de soleil XXL.

Pour résumer, FENTY, c’est un coup de maître de la part d’une jeune femme venue du « left side of an island », comme elle chantait quelques années plus tôt, et un bouleversement dans le monde jusque-là capitonné du luxe. Mais elle le résumera bien mieux que nous, en cinq mots sur son compte Instagram : « big day for the culture ».

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